Intervention d’Emmanuel Hamelin sur la délibération 2014-0180 : Pont Schuman

 

Monsieur le Président,

Vous nous présentez aujourd’hui une délibération sur un dossier sur lequel nous nous sommes très souvent opposé, le pont Schuman.

Notre opposition n’était pas sur le projet d’un pont, mais sur la façon dont vous l’avez mené.

D’abord son emplacement, à 700 mètres du pont Clémenceau, et 6 KM du pont de Collonges, on ne peut pas dire qu’il soit dans l’équilibre… D’autres solutions avaient été envisagées, mais vous ne les avez pas retenues, et vous portez maintenant la responsabilité de ce choix.

Ensuite, vous avez choisit un emplacement qui met le pont, non pas en face d’une avenue, ou même d’une rue, mais en face d’un immeuble sur la partie 4ème. C’est suffisamment rare pour être souligné, et c’est rare parce que ce n’est pas cohérent.

Vous l’aurez compris, notre première critique va sur l’absence de cohérence de ce projet, et cela depuis son origine.

J’ai bien sûr entendu à de nombreuses reprises vos arguments, tout d’abord, celui de fluidifier la circulation qui venait du Val de Saône et de l’ouest lyonnais pour rentrer dans la ville. Ce 1er argument qui devait justifier à lui seul la pertinence de ce pont a malheureusement été largement démonté par l’étude d’impact réalisée à cet effet. Que dit cette étude :

Effectivement, c’est à cet endroit que l’on concentre le plus de trafic entre le 9è et le 4è.

Que le niveau de véhicules par jour sera identique côté 9ème, sauf dans le quartier de la gare d’eau ou nous allons passer de 6000 à 20.000 véhicules/jour, et que sur la partie 4ème, il y aura une augmentation de 15 à 20% du niveau des véhicules par jour après la mise en service du pont.

Au final, ce ne sera pas mieux avec le pont Schuman, mais probablement un peu moins bien, tant au niveau de la fluidité du trafic que des embouteillages.

On peut donc légitimement se poser la question de l’utilité d’un tel investissement qui se monte aujourd’hui à 27 ME, pour un projet dont les études d’impact montrent qu’il n’apportera rien, sauf votre satisfaction personnelle d’avoir réalisé ici un nouvel et coûteux ouvrage.

Bien sûr, face aux nombreuses critiques, vous avez pour vous la concertation. Cette fameuse concertation qui nous parle d’un projet de pont de quartier de moins de 20 mètres de large, sans feux, et avec des aménagements de voiries qui n’ont rien à voir avec la réalité du projet d’aujourd’hui. La concertation n’a jamais parlé d’un pont de 27 mètres de large, avec des feux à trois séquences à chaque extrémité, et des aménagements de voiries qui sont devenus une source de grandes difficultés pour les riverains.

Mais vous avez aussi contre vous un recours au tribunal administratif qui porte sur l’utilité publique de ce pont, déposé il y a maintenant près de 3 ans par une association de riverains, et toujours pas jugé. Vous êtes là comme sur d’autres dossiers, passé en force, sans attendre les décisions de justice, qui à ce stade vous le savez n’auront que peu d’effet.

Je veux donc être aujourd’hui le porteur d’un message qui est celui des riverains du quartier Gillet-Mazaryk, celui de ceux que vous avez peut être rencontré mais que vous n’avez pas entendu.

Tout d’abord, côté 4ème, la culée du pont devait être plus large, pour permettre aux voiture de commencer à tourner avant l’arrivée sur le quai. Ce n’est malheureusement pas le cas, ce qui oblige de rapprocher la voirie avec les immeubles. Et cet aspect là est la cause de nombreux problèmes :

La pollution tout d’abord, la même étude d’impact dont je parlai tout à l’heure, estime que le seuil de 50 microgramme par mètre cube sera dépassé pour les immeubles qui sont le long du quai Gillet.

Mais également la pollution sonore, vous en êtes encore au stade des promesses, avec des solutions de doubles vitrage. C’est largement insuffisant au regard du préjudice pour les riverains du quai Gillet, où depuis 2 ans, rien n’a encore été réalisé.

Là aussi je connais vos arguments : de nombreux quais ou avenues sont confrontés dans Lyon à des difficultés similaires. Oui, mais depuis le début, et ceux qui y habitent le font en connaissance de cause. Sur le quai Gillet, le rapprochement des voiries avec les immeubles est nouveau, n’était pas prévu, et crée là aussi un véritable préjudice pour les riverains.

Autre difficulté dont nous avons également très souvent parlé, c’est le nombre de places de stationnement qui a diminué de moitié, pour les raisons que j’ai déjà évoqué, avec en plus l’aménagement des berges de la Saône. Passer de 150 places à 65 sur l’espace public crée de graves difficultés pour les riverains, mais aussi pour les rares commerces qui aujourd’hui n’ont plus de solutions de stationnement pour leurs clients. Je sais que vous essayez de résoudre certains problèmes avec quelques zones de desserte ou de livraison, mais là aussi, c’est toujours au détriment du stationnement .

Encore une fois, j’entends vos arguments, il suffit de s’éloigner un peu, vers la rue d’Ypres notamment pour trouver des solutions de stationnement ! Cela bien sûr n’est pas sérieux.

Pour finir, toujours et encore à cause du rapprochement des voiries avec les immeubles, il y a maintenant des problèmes de sécurité. Les riverains qui bénéficient de stationnement dans leurs immeubles n’ont aucune visibilité pour sortir de leurs garages, ce qui rend leurs manœuvres périlleuses mais aussi dangereuses. Mais également, avec la mise en service du tunnel mode doux, un nombre important de vélos arrive sur ces même trottoirs, causant de nombreux problèmes, y compris avec les piétons.

Monsieur le Président, le pont Schuman est maintenant posé et installé dans ce quartier de Lyon. Il n’est bien sûr plus question de revenir en arrière. Notre demande est aujourd’hui simple : Prenez en compte les problèmes engendrés par votre nouveau pont. Écoutez les demandes légitimes des nombreux riverains et associations de riverains qui ont été trompé et qui attendent de vrais solutions à leurs problèmes de pollution, de stationnement et de sécurité.

En attendant, nous voterons contre cette délibération.